Marcel Blot-Chabaud, co-fondateur de Massalia Therapeutics et co-directeur de l’équipe 4 « Nouvelles Cibles Moléculaires Endothéliales » au Centre de Recherche en Cardiovasculaire et Nutrition (C2VN), aux côtés de Stéphane Burtey (PU-PH, néphrologue), bénéficie depuis fin 2025 d’un financement EmA du Canceropôle.

L’équipe s’inscrit dans une approche centrée sur l’identification de cibles thérapeutiques vasculaires, en lien avec les grandes pathologies cardiovasculaires, rénales, pulmonaires et cancéreuses.

Deux cibles majeures ont ainsi émergé : le récepteur AHR (Aryl hydrocarbon receptor), porté par Stéphane Burtey, et la molécule CD146, dont Marcel Blot-Chabaud est le responsable, en particulier pour les thématiques liées au cancer.

Les projets se sont ainsi structurés autour de l’étude de CD146 (initialement identifiée comme MCAM, pour Melanoma Cell Adhesion Molecule), molécule découverte il y a une trentaine d’années dans le mélanome métastatique, puis mise en évidence par l’équipe sur l’ensemble de l’arbre vasculaire. CD146 joue un rôle clé dans la perméabilité vasculaire, l’inflammation et la cohésion endothéliale, ce qui la rend difficilement ciblable thérapeutiquement en raison des effets secondaires vasculaires majeurs.

Dans ce cadre, un programme de recherche a été développé, explorant l’implication de CD146 non seulement en cancérologie, mais également dans plusieurs pathologies fibrosantes (cardiaque, rénale et pulmonaire) ainsi que dans l’athérosclérose. CD146 présentant   une structure et une séquence d’acides aminés similaires au niveau vasculaire et sur les cellules cancéreuses, les anticorps qui ont été générés contre CD146 reconnaissent à la fois la forme physiologique vasculaire et la forme pathologique tumorale, renforçant ainsi la problématique associée à son ciblage.

Les travaux de l’équipe ont conduit à une découverte majeure : l’existence d’une forme soluble de CD146 (CD146s), issue du clivage de la forme membranaire, et dotée de fonctions biologiques propres.

La sécrétion de CD146s est corrélée à l’expression de CD146 dans les tumeurs et elle est fortement corrélée à l’agressivité tumorale. De plus, CD146s est impliquée dans la résistance aux traitements, notamment à la chimiothérapie, à la radiothérapie et aux inhibiteurs de tyrosine kinase. Elle est donc à la fois un marqueur d’agressivité tumorale et de résistance thérapeutique. Le projet s’est alors focalisé sur le rôle de CD146s en cancérologie. Sécrétée par les cellules cancéreuses, elle exerce des effets pléiotropiques sur les cellules tumorales et sur leur microenvironnement. Ainsi, CD146s favorise l’angiogenèse, module l’immunité tumorale via l’activation des points de contrôle immunitaires et la polarisation des macrophages M2, stimule la prolifération, la migration et la dissémination métastatique, et contribue à l’émergence de cellules souches cancéreuses.

Plus récemment, l’équipe a mis en évidence son rôle dans l’activation des fibroblastes, notamment via l’intégrine αVβ3, et le développement de la fibrose dans les tumeurs, deux phénomènes impliqués dans le développement tumoral et la résistance aux traitements. Ces effets ont été principalement caractérisés dans des cancers de mauvais pronostic, en particulier le glioblastome et l‘adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC).

Alors, un important travail avec la plateforme Mi-mAbs a permis de générer des anticorps neutralisants ciblant spécifiquement CD146s, sans affecter la forme membranaire vasculaire. Ce développement a été très complexe en raison de la très forte similarité de séquence entre les deux formes soluble et membranaire. Après un screening sur plus de 200 anticorps, 2 prometteurs ont été identifiés, dont un a été humanisé.

Cette avancée a conduit à la création de la startup  Massalia Therapeutics en juillet 2024, avec le soutien de la SATT Sud-Est, afin d’accélérer le développement préclinique et industriel du projet. Dans ce cadre, un co-financement de la SATT Sud-Est et du Canceropôle (financement EmA débuté en octobre 2025) permet de relancer et poursuivre le développement d’anticorps thérapeutiques innovants, notamment via une nouvelle campagne de génération d’anticorps utilisant des technologies récentes telles que le phage display afin d’optimiser leur affinité et leurs performances. La startup, portée par une équipe mixte académique et industrielle, est dirigée par Gary Brandam (CEO) et Ahmad Joshkon (CSO), spécialiste de CD146 (thèse et post-doctorat au laboratoire), et est hébergée à la faculté de pharmacie d’Aix-Marseille Université. Elle se concentre sur l’optimisation d’anticorps monospécifiques ciblant CD146s, le développement futur d’anticorps bispécifiques pour anticiper les mécanismes d’échappement, ainsi que sur l’évaluation de leur efficacité dans des modèles précliniques de glioblastome et de PDAC. L’objectif est le développement et la caractérisation d’anticorps monoclonaux anti-CD146s de haute affinité et spécificité à effet bloquant, leur maturation et leur sélection en vue d’un développement préclinique et clinique, et la démonstration de la preuve de concept dans ces modèles tumoraux fibrosants actuellement dépourvus de traitement efficace.

Le projet s’appuie sur un réseau de collaborations étroites avec des équipes cliniques et académiques, notamment au CRCM et à l’IPC pour le cancer du pancréas (en lien avec Brice Chanez, Richard Tomasini, Sophie Vasseur et Nelson Dusetti), ainsi qu’avec des spécialistes des tumeurs cérébrales tels qu’Émeline Tabouret et Aurélie Tchoghandjan, en lien avec l’Action Structurante PETRA Network du Canceropôle Sud et Benjamin Guillet du CERIMED.