A l’occasion de Movember, mois de sensibilisation aux cancers masculins, nous nous sommes entretenus avec le Dr Frédéric Bost, membre du Comité Scientifique du Canceropôle Provence-Alpes-Côte d’Azur, directeur de recherche CNRS et co-directeur avec Nathalie Mazure de l’équipe « Cancer, Métabolisme et Environnement (CAMEEN) au C3M à Nice. Avec son équipe, il travaille sur le métabolisme des cellules cancéreuses de la prostate et plus particulièrement sur le métabolisme mitochondrial.

Frédéric est également le coordonnateur de Met’Connect avec Sophie Vasseur (CRCM). Cette Action Structurante financée par le Canceropôle vise à créer deux pôles de référence à Nice et à Marseille pour l’étude du métabolisme tumoral afin de partager l’expertise des laboratoires travaillant dans ce domaine avec la communauté scientifique de la région Sud (en savoir plus sur Met’Connect).

Le cancer de la prostate est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez l’homme en France, avec plus de 50 000 nouveaux cas recensés chaque année. S’il présente généralement un bon pronostic lorsqu’il est diagnostiqué à un stade localisé – avec une survie à cinq ans d’environ 95 % – sa forme métastatique reste préoccupante, la survie chutant alors à près de 30 %. Les traitements disponibles pour les formes localisées sont la radiothérapie, la prostatectomie ou encore la surveillance active pour les tumeurs peu agressives. En revanche, dans les formes avancées, les options reposent principalement sur l’hormonothérapie et la chimiothérapie, deux approches qui finissent systématiquement par rencontrer des résistances.

Face à ces limites thérapeutiques, Frédéric et son équipe travaillent sur des voies innovantes centrées sur le métabolisme des cellules cancéreuses. Deux axes majeurs structurent leurs travaux. Le premier concerne l’adénocarcinome, la forme la plus répandue du cancer de la prostate. Ils étudient plus spécifiquement la voie des polyamines et le processus de l’hypusination, un mécanisme clé dans le fonctionnement mitochondrial. En bloquant cette voie, ils ont déjà démontré, dans des modèles in vitro et in vivo, la possibilité de freiner la formation de métastases. Ces recherches impliquent notamment Pascal Peraldi, chercheur dans l’équipe et lauréat d’un financement Emergence du Canceropôle PACA, ainsi que des collaborations avec Xavier Morelli du CRCM, pour le criblage de nouvelles molécules thérapeutiques.

Le second axe porte sur les formes neuroendocrines de la maladie, plus rares mais beaucoup plus agressives. Sous la direction de Nathalie Mazure, l’équipe s’intéresse au rôle du cil primaire, un organite présent à la surface des cellules, dont les altérations semblent jouer un rôle clé dans la progression de ces cancers et le métabolisme. Là encore, les chercheurs explorent plusieurs pistes thérapeutiques susceptibles de cibler spécifiquement ce mécanisme.

En France, les équipes travaillant sur le cancer de la prostate restent peu nombreuses – une douzaine environ – malgré l’importance de cette pathologie. D’autres laboratoires travaillent néanmoins sur des approches complémentaires : les inhibiteurs de PARP pour les patients porteurs de mutations BRCA, les recherches sur les protéines HSP menées par l’équipe de Palma Rocchi à Marseille, ou encore les travaux de Catherine Muller à Toulouse sur les liens entre tissu adipeux, obésité et progression tumorale.

Au-delà de la recherche fondamentale, plusieurs recommandations émergent pour la population générale : adopter une hygiène de vie saine, pratiquer une activité physique régulière et effectuer un dépistage à partir de 50 ans en concertation avec un médecin, notamment via le dosage du PSA, même si ce biomarqueur reste imparfait. Frédéric Bost rappelle également que l’hypertrophie bénigne de la prostate, fréquente chez les hommes âgés, n’a aucun lien direct avec le cancer.

L’un des enjeux majeurs pour les années à venir consiste à identifier des biomarqueurs fiables permettant de prédire précocement le caractère agressif d’un cancer de la prostate. Cette avancée faciliterait grandement la prise en charge, notamment pour les patients placés en surveillance active. Son équipe explore déjà la possibilité d’utiliser des marqueurs métaboliques – comme l’activité de la l’hypusination – qui semblent particulièrement associés aux formes métastatiques.

Enfin, l’intelligence artificielle représente une perspective importante pour accélérer ces découvertes. Un projet collaboratif, impliquant notamment Damien Ambrosetti (MCU-PH) du CHU de Nice, vise à analyser des milliers de données issues de coupes histologiques, de profils métaboliques et d’informations épigénétiques. L’objectif est de développer une IA capable d’identifier, dès les prélèvements initiaux, les patients présentant un risque élevé d’évolution métastatique.

Ces travaux ouvrent la voie à une meilleure compréhension des cancers de la prostate et à l’essor de nouvelles approches thérapeutiques, au croisement de la biologie du métabolisme, des biomarqueurs et de l’analyse assistée par l’IA.

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